Oracle: la fin de Sun
Le rachat de Sun par Oracle a beaucoup fait bourdonner la planète internet. En effet, à la tête de plusieurs logiciels ou technologies libres utilisés plus ou moins massivement, Sun cédait donc aussi ce « pouvoir » à Oracle.
Si la firme de Larry Ellison a tout fait pour rassurer la communauté du libre et les commissions anti-trust lors de la validation du rachat, il semblerait que les premiers signes de changement font leur apparition.
La fuite des cerveaux
Sun, comptait mine de rien, plusieurs grands ingénieurs parmi ses équipes de développement. Celui dont on a le plus parlé, s’appelle Michael « Monty » Widenius. Il s’agit ni plus, ni moins, de l’un des co-fondateurs de MySQL. Dès qu’Oracle eu un intérêt marqué pour Sun, ce dernier a vite fait savoir sa désapprobation. Il fut aussi l’un des gros bonnets à quitter le navire, alors que le rachat n’était pas encore officiellement effectif. Depuis, il a fondé sa propre entreprise, fondant MariaDB, une technologie basée sur MySQL, mais la modernisant sacrément. On lui souhaite plein de bonheur.
Dernièrement, alors qu’on croyait ce personnage fidèle à sa technologie, ce n’est autre que James Gosling qui est parti, le père de la technologie Java. Le principal atout de cette dernière est qu’elle peut s’exécuter sur pratiquement tous les ordinateurs possibles, que ce soit sur Linux, Windows, MacOS, etc. Plus fort, on retrouve des dérivés dans les téléphones portables et autres appareils nomades. Autant vous le dire tout de suite, Java est très largement utilisée! L’intéressé n’a pas voulu donner plus de précisions concernant son départ, mais il compte bien faire le plus possible pour maintenir Java libre, accessible et diffusée, tout comme à l’ère Sun.
On peut encore mentionner, quelques temps plus tôt, le départ de Tim Bray chez Google. Ce cher monsieur n’est autre que le co-inventeur du langage XML. Inutile de vous expliquer, à quel point ce dernier compte aujourd’hui dans notre vie quotidienne.
On ne parlera donc même pas des deux anciens CEO de Sun, Scott Mc Neally et Jonathan Schwanz, qui ont eux aussi pris la porte de sortie, évidemment.

Logique lucrative
Il est vrai que Sun, dans ces dernières années en tout cas, avait bien de la peine à tenir la route financièrement. Mais des acteurs lourds de l’industrie informatique soutenaient tout de même l’entreprise, comme IBM, par exemple. Sun, peut-être, aurait pu mieux gérer sa trésorerie et éviter de se retrouver dans une situation plus que délicate.
Il faut comprendre que la plupart des technologies qui avaient leur branche de développement maison, et aidées par la communauté, étaient libres. Ce qui fait que la firme n’avait pratiquement aucun vrai dégagement financier à partir de ressources comme Java, MySQL, OpenOffice.org, XML et j’en passe encore d’autres.
Oracle vit par contre dans une autre logique économique, certes plus lucrative, mais très proche du profit à tout prix. Voilà pourquoi ce rachat fait peur depuis le début. Et si toutes ces technologies répandues, libres, mais surtout gratuites, devenaient payantes du jour au lendemain? Catastrophe pour beaucoup de monde et énormément de dollars pour l’entreprise du marin de luxe.
Nous ne savons toujours pas jusqu’où cela va aller, mais un « premier » signe contrariant a été donné très récemment par Oracle. En effet le « plugin » permettant de lire des fichiers ODF (format utilisé par OpenOffice.org) avec Microsoft Office est devenu payant! 90$ pour vous acquitter de la licence d’utilisation de ce complément et une obligation pour les entreprises d’en prendre au moins 100! Cette première mesure ne va pas aider le logiciel maintenir la concurrence qu’il offre face à la suite de Redmond. Et nous n’imaginons même pas qu’à terme, le tout devienne payant, évidemment!
Annoncer déjà la mort d’OpenOffice est peut-être un peu prématuré à l’heure actuelle, mais visiblement, il n’y aura pas de miracle. Oracle voulait Sun depuis le début pour en tirer un maximum de profit et sauvegarder ses propres technologies d’une concurrence « gratuite ». Ses intentions seraient donc en passe d’être réalisées… En même temps, quelle lubie nous a prit de croire les sirènes sexy d’une entreprise qui n’a jamais travaillé dans le libre?


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