Débat: Chrome OS et le monde du libre
L’annonce très récente de Google fait déjà débat sur la toile. Pour rappel, le géant d’internet a tout simplement annoncé vouloir travailler sur un système d’exploitation spécifique destiné aux « netbooks » ou ordinateurs ultra-portables, dont le précurseur fut l’Asus EeePC.
Chrome OS n’est pas Android
Visiblement, Google étant faire un système distinct d’Android qui commence à grignoter pas mal de parts de marché dans le domaine de la téléphonie mobile. Celui-là se base sur un noyau Linux et voit une grande partie de son code libre. Du coup, quelques constructeurs ont annoncé vouloir l’adapter aux petits ordinateurs dont il est question. La firme de Mountain View a laissé faire, mais semble vouloir viser directement ce marché avec une autre distribution Linux spécifiquement appropriée.
Bien entendu, sur les rangs des concurrents, on trouvera Windows Se7en, ainsi que bon nombre des acteurs du Linux comme Ubuntu, SuSe par exemple, sans compter sur les Linpus et Xandros déjà en place. Sur ce coup-ci, Google est loin d’inventer quoi que ce soit. Et c’est là que le débat commence.
Une victoire contre Redmond
D’un côté, nous avons les anti-Microsoft qui voient ici une nouvelle victoire du libre face au géant du logiciel. En effet, bien que ce dernier sera présent sur le marché, le fait qu’il fasse payer les licenses d’utilisation, même quelques broutilles pour les versions pré-installées d’usine, entament le budget des constructeurs en cette période de crise, alors qu’ils peuvent en faire l’économie avec une autre solution. De plus, alors que le matériel est relativement « limité » en ressources sur ce type de machines, tout le monde s’accorde pour dire que Windows seul ne suffit pas, mais il faut s’armer de logiciels divers de protection, venant encore plomber les maigres performances de l’appareil. Avec une distribution Linux, la sécurité est autrement conçue et les façons de se protéger bien plus légères pour la machine. On ne fera pas encore l’apologie du libre communautaire dont mon co-rédacteur, Cretch, parle très bien.
D’autre part, ce sont les industriels travaillant avec de l’ARM qui en sont le plus contents, Chrome OS sera compatible.
Linux s’éparpille
De l’autre côté, nous voyons des militants du libre prendre cette nouvelle avec des pincettes. Bien que Google décide de s’appuyer sur Linux, l’on voit naître une énième distribution, sans nécessairement être rattachée à aucune autre déjà existante. Le problème n’est pas dans le temps et les moyens dépensés par la firme pour adapter son nouveau système d’exploitation, mais parce que cette débauche d’énergie ne profitera que relativement peu à la communauté Linux en général. Bien entendu, tout ce qui est sous license GPL devra être redistribué, mais rien n’empêchera l’éditeur d’y mêler sa sauce avec des bouts de code propriétaires et dont personne ne saura vraiment ce qu’il contient. Toutefois, au lieu de tenter de concentrer les efforts, Linux se voit encore une fois cloisonné en interne. Le géant de Mountain View va arriver avec un gros investissement, surtout au niveau publicitaire et marketing. Au final, les autres distributions Linux ne profiteront que peu de ce nouvel essor.
Données privées et Cloud Computing
Le premier argument, table sur le fait que la firme a une très fâcheuse tendance à vouloir lier tout ce qu’elle touche à ses propres applications (Gmail, Calendar, etc). Ceci permet un contrôle évident d’une quantitié gargantuesque d’informations, qui doivent certes rester anonymes, mais détaillant tout de même toutes nos habitudes. On sait que même le navigateur maison, Google Chrome, récolte régulièrement des statistiques précises sur vos recherches ou la façon de visiter les sites.
Enfin, le deuxième se focalise sur la volonté de plus en plus grande de l’éditeur à vouloir que ces applications et le contenu de chaque utilisateur s’y rapportant, soient stockées sur ses serveurs via des synchronisations régulières. Autrement dit, que ce soit sur un terminal Android ou autre, tout le logiciel venant de chez Google ne fait que d’ouvrir une passerelle vers le serveur sur lequel l’utilisateur va interagir en temps réel. Ce sont les prémices de ce que l’on appelle de manière poétique le « Cloud Computing » dont le zénith serait d’avoir un bureau de travail complet sur serveur et l’utilisateur ne fait que de s’y connecter pour travailler ou voir ses mails.
Cette vision est aussi mal perçue par bon nombre d’acteurs du monde informatique en général. Le premier argument reste bien sûr le fait que toute la vie de l’utilisateur soit entreposée sur un serveur tiers, sur lequel le propriétaire de ce dernier a un droit de regard évident. Donc, par principe, la vie privée de la personne n’existe plus, même si elle est protégée par des lois ou autres contrats. Physiquement et pratiquement parlant les choses en seront sûrement autrement. L’autre grand inconvénient de ce type d’applications est qu’elles sont parfaitement inutilisables lorsqu’on ne dispose pas de connexion internet ou lorsque le serveur est hors-service. Twitter, utilisé constamment par des millions d’utilisateurs, doit fermer son site le temps des maintenances par exemple. Et Google a déjà subit des pannes, récentes, rendant certains de ses sites indisponibles et ébranlant même une partie du réseau mondial.
Voici donc un large aperçu des différents points que peuvent soulever les intentions du colossal acteur du monde internet. La firme déploie de plus en plus ses tentacules un peu partout et rien ne semble être en mesure de l’arrêter. L’évidence est telle que déjà, quelques jours après l’annonce, plusieurs gros constructeurs ont affirmé leur volonté de travailler avec Google sur et avec ce projet.
Pourtant, on m’a toujours dit de ne pas mettre tous mes œufs dans le même panier…
N’hésitez pas à laisser votre avis.



Souscrire aux commentaires de cet article
